Dans sa lettre ouverte adressée au Secrétaire général des Nations Unies, le Dr Henri Zigabe Bigirinama dresse un tableau sombre favorisé par l’inaction et/ou le surplace de la présence onusienne dans la région.
Voici l’intégralité de sa lettre à l’occasion de 30 ans de guerre à l’Est de la République démocratique du congo (RDC) :
» Docteur ZIGABE BIGIRINAMA Henri Isaac, MD, Notable du Kivu, Analyste Politique Conseiller Spécial de l’Observatoire de la Démocratie en Afrique chargé de la Jeunesse et des Personnes Marginalisées
République Démocratique du Congo
À l’attention de :
Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies, Siège des Nations Unies, New York, NY 10017, États-Unis
OBJET : LETTRE OUVERTE DU DOCTEUR ZIGABE BIGIRINAMA HENRI ISAAC AU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DES NATIONS UNIES À L’OCCASION DE TRENTE ANS DE GUERRE À L’EST DE LA RDC
Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies,
Le silence de la communauté internationale face au calvaire de la République Démocratique du Congo est une plaie ouverte sur l’appareil de notre humanité commune. Depuis trois décennies, l’Est de mon pays, la République Démocratique du Congo, est le théâtre d’un martyre qui défie la conscience universelle.
Trente ans. C’est l’âge d’une génération entière qui n’a jamais connu une seule nuit de paix absolue, une génération née et grandie sous le sifflement des balles, le spectre de la violence et l’odeur de la mort.
En ma qualité de notable du Kivu, d’analyste politique, mais avant tout de citoyen profondément meurtri et de Conseiller spécial de l’Observatoire de la Démocratie en Afrique chargé de la jeunesse et des personnes marginalisées, je saisis ma plume non plus pour formuler de simples analyses, mais pour pousser le cri de détresse de tout un peuple. Un peuple qui refuse de s’habituer à l’horreur.
Monsieur le Secrétaire général, comment l’ONU peut-elle regarder, année après année, la dignité humaine être piétinée avec une telle impunité ? Le viol y a été lâchement érigé en arme de guerre, brisant le corps et l’âme de nos mères, de nos sœurs et de nos filles les plus innocentes.
Les violences physiques et psychologiques y sont quotidiennes. Nos enfants, cette jeunesse que j’ai le devoir de défendre, voient leur avenir systématiquement pillé, enrôlés de force ou privés d’éducation, condamnés à errer dans des camps de déplacés insalubres.
Derrière ce chaos humanitaire se cache un crime économique transfrontalier d’une indécence absolue. Le sang des Congolais coule pour que d’autres s’enrichissent. Nos ressources minérales, qui devraient être le moteur de notre développement et de l’épanouissement de notre jeunesse, alimentent des réseaux mafieux et financent l’achat des armes qui nous déciment. C’est un cycle macabre où le profit l’emporte sur la vie humaine, sous le regard impuissant, sinon complice, des instances internationales.
Le bilan humain est incalculable. Des millions de morts. Des millions de destins fauchés dans l’indifférence globale. Combien de rapports, combien de résolutions et combien de missions de maintien de la paix faudra-t-il encore avant que des actions concrètes, courageuses et définitives soient posées ? Les mots de compassion ne suffisent plus. Les condamnations de principe ne protègent pas les civils des massacres à la machette ou des bombardements indiscriminés.
Au nom de la jeunesse congolaise qui refuse d’être une génération sacrifiée, au nom des personnes marginalisées oubliées de tous les agendas diplomatiques, et au nom de chaque famille du Kivu, je vous demande :
- D’imposer des sanctions directes et sévères contre les États et les multinationales qui soutiennent, de près ou de loin, ce pillage économique et ces agressions armées.
- De redéfinir radicalement l’engagement des Nations Unies sur le terrain pour privilégier une justice transitionnelle forte, capable de juger les auteurs de ces crimes contre l’humanité.
- De placer la voix de la société civile, des notables locaux et de la jeunesse au centre des processus de paix, car ce sont eux qui portent les cicatrices de ce conflit.
L’histoire jugera les Nations Unies non pas sur ce qu’elles ont tenté de faire, mais sur ce qu’elles ont laissé s’accomplir. Ne permettez pas que le Congo devienne le symbole de l’échec définitif du droit international.
Rendez à ce peuple sa dignité, et donnez enfin à notre jeunesse le droit de rêver à un avenir de paix.
Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire général, l’expression de ma haute considération et de mon espoir persistant en la justice.
Fait à Kinshasa, le 30 octobre 2026.
Dr ZIGABE BIGIRINAMA HENRI ISAAC, MD, Notable du Kivu, Analyste politique, Conseiller spécial de l’Observatoire de la Démocratie en Afrique chargé de la jeunesse et des personnes marginalisées ».

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