Dialogue politique en RDC : Inclusivité ou unanimité, le grand malentendu (Analyse) 

Dans l’histoire politique contemporaine, peu de mots sont autant invoqués que dialogue, inclusivité, consensus, légitimité et unanimité. Pourtant, une confusion persiste : beaucoup assimilent l’inclusivité à l’unanimité. Le cas récent du célébrissime verbeux Lambert Mende Omalanga sur les ondes de la radio Top Congo FM, nous a interpellé.

Sur le plan philosophique comme institutionnel, ces deux notions (inclusivité et unanimité) poursuivent des finalités différentes. L’une garantit la légitimité de la participation ; l’autre recherche la légitimité de la décision. Dans un dialogue politique, cette distinction est décisive.

L’inclusivité : la légitimité par la représentation

Un dialogue est dit inclusif lorsqu’il permet à toutes les composantes significatives de la société d’être entendues : majorité, opposition, société civile, femmes, jeunes, confessions religieuses ou communautés locales et même l’opposition armée dans le cas précis de la République démocratique du Congo où la recherche de la paix et de la restauration de l’autorité de l’État demeurent des impératifs pour l’unité et la cohésion nationale depuis 1996.

L’inclusivité ne signifie donc pas que chacun obtient gain de cause. Elle repose sur un principe démocratique fondamental : nul ne doit être exclu du débat lorsqu’il est concerné par son issue.

La philosophe Hannah Arendt rappelait que la politique naît de la pluralité humaine. Autrement dit, le dialogue existe précisément parce que les citoyens sont différents. Une assemblée composée uniquement d’acteurs partageant la même vision peut être unanime, mais elle ne sera jamais véritablement inclusive.

L’unanimité : la légitimité par le consentement

À l’inverse, l’unanimité intervient à la fin du processus. Elle désigne l’accord de tous sur une résolution, une feuille de route ou un compromis politique.

Cette exigence peut renforcer l’unité et la cohésion nationale, mais elle comporte également un risque : transformer le dialogue en recherche permanente d’un accord total, parfois au détriment des divergences légitimes.

Le piège des dialogues politiques en République démocratique du Congo depuis les années 1990 en tant que processus de démocratisation, de paix ou de transition, l’échec ne provient pas toujours de l’absence d’inclusivité, mais de l’illusion de l’unanimité.

Un dialogue peut être inclusif sans être unanime : toutes les parties participent, mais certaines refusent de signer l’accord; ou unanime sans être inclusif : tous les participants approuvent un texte, mais des acteurs essentiels ont été exclus du processus.

Le premier (ndlr l’inclusivité) possède souvent une légitimité démocratique plus forte que le second, car il respecte le pluralisme politique.

Comme l’écrivait Paul Ricœur, « la démocratie n’est pas le régime qui supprime les conflits, mais celui qui les rend féconds ».

La grandeur d’un dialogue politique ne réside donc pas dans l’effacement des différences, mais dans la capacité de transformer le désaccord en projet commun.

L’inclusivité est une condition d’entrée ; l’unanimité est une éventuelle condition de sortie. Confondre les deux revient à croire que participer signifie nécessairement approuver. En démocratie, la véritable force d’un dialogue ne se mesure pas au silence des oppositions, mais à la qualité de leur participation.

Zamenga Batukezanga, libre penseur pour Liberate News

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