Cette question pose une problématique centrale en sociologie politique et en histoire comparée des partis africains : Pourquoi certaines formations politiques survivent-elles à leurs fondateurs tandis que d’autres s’effondrent dès la perte du pouvoir ?
L’analyse comparative entre le MPR (Mouvement Populaire de la Révolution – Zaïre/RDC), l’ANC (African National Congress – Afrique du Sud) et le CCM (Chama Cha Mapinduzi – Tanzanie) met en lumière les mécanismes d’ancrage institutionnel, d’idéologie et d’institutionnalisation du pouvoir.
1. La métamorphose du MPR : La fragilité de « l’égocratie » égocentrique
Le MPR a régné pendant 32 ans sous le maréchal Mobutu Sese Seko, mais s’est effondré avec l’arrivée de l’AFDL en 1997.
Un parti « égocentrique » ou « anthropocentrique » : Le MPR n’était pas un parti politique au sens d’une organisation démocratique, mais le prolongement direct de la personne de Mobutu. Le Zaïre était défini comme « un État-parti » où la Constitution de 1974 stipulait que « le MPR est l’unique institution du pays » et que le Président du MPR était de droit le Président de la République.
Absence d’idéologie autonome : L’idéologie officielle, le Mobutisme, était définie formellement comme « la pensée, les actes et les enseignements du Guide Mobutu ». Une fois le « Guide » affaibli puis renversé, l’édifice idéologique s’est effondré car il n’existait aucun corpus doctrinal indépendant de son créateur.
Un parti-État nourri par le clientélisme : Le MPR fonctionnait sur la distribution de privilèges (patronage, prébendes). L’adhésion y était obligatoire (« chaque Zaïrois est membre du MPR dès sa naissance »). Il s’agissait d’une adhésion par coercition et opportunisme. Lorsque les ressources financières de l’État se sont taries et que Mobutu a perdu le contrôle militaire, la loyauté envers le parti s’est vaporisée.
2. L’ANC et le CCM : La force des mouvements de masse et des institutions
À l’inverse du MPR, l’ANC et le CCM demeurent au pouvoir ou au centre de la vie politique dans leurs pays respectifs.
A. L’ANC (African National Congress)
Une cause transcendantale : L’ANC est né en 1912 comme un mouvement de libération nationale pour lutter contre l’oppression raciale et l’Apartheid. Son socle identitaire est une cause historique collective, et non le culte d’un individu.
Institutionnalisation et collégialité :
Bien que Nelson Mandela soit une figure emblématique mondiale, il n’était qu’un dirigeant parmi d’autres au sein d’un Comité National Exécutif (NEC) fort. Mandela n’a fait qu’un seul mandat présidentiel (1994-1999) avant de passer la main. La structure interne de l’ANC lui permet de survivre aux transitions de dirigeants (Mbeki, Zuma, Ramaphosa).
B. Le CCM (Chama Cha Mapinduzi)
Fusion idéologique et ancrage populaire : Issu de la fusion de la TANU (Tanganyika) et de l’Afro-Shirazi Party (Zanzibar) en 1977, le CCM s’appuie sur la vision du Socialisme Ujamaa prônée par Julius Nyerere.
Culture de l’alternance interne :
Nyerere a quitté le pouvoir de son propre chef en 1985, instaurant une tradition d’alternance régulière au sein du parti et au sommet de l’État (Mwinyi, Mkapa, Kikwete, Magufuli, Hassan). La loyauté des militants va à l’institution CCM, capable de se régénérer à chaque élection.
CELLCOM OBSERVATOIRE DE LA DEMOCRATIE EN AFRIQUE

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