RDC- Naufrages, crashs d’avion : l’inconscient responsable ! (Édito)

Quand l’accident devient une fatalité, c’est la conscience collective qui chavir

En République démocratique du Congo, les naufrages et les accidents aériens ne sont plus de simples faits divers. Ils révèlent une réalité beaucoup plus profonde : l’installation progressive d’une culture du risque, où l’interdit est négociable, la règle contournable et la vie humaine parfois réduite à une variable secondaire.

Le drame aérien de Kenge, le 25 septembre 2026, qui a coûté la vie à deux hauts magistrats militaires, est venu rappeler brutalement la vulnérabilité du système de transport congolais. *Et ce, malgré les sanctions, la rigueur et les mesures prises par l’actuel ministre des Transports, Jean-Pierre BEMBA.* Mais sur les eaux, le scénario se répète avec une régularité tout aussi inquiétante.

Surcharge, navigation nocturne, absence de gilets de sauvetage, embarcations insuffisamment contrôlées, maintenues, manifestes incomplets : plusieurs de ces pratiques ont été documentées lors de naufrages successifs. Sur le lac Kivu, l’on avait notamment relevé l’absence de contrôle fiable du nombre de passagers et du poids des marchandises. Au Maï-Ndombe comme dans l’Équateur, la navigation nocturne et la surcharge sont également régulièrement citées parmi les facteurs de risque.

Mais derrière la surcharge d’une baleinière, il y a souvent une surcharge plus dangereuse : celle de l’inconscience.

L’inconscience du propriétaire qui préfère une recette supplémentaire à la sécurité.

  • L’inconscience du passager qui accepte de monter dans une embarcation manifestement surchargée parce qu’il n’a parfois aucune alternative.
  • L’inconscience de celui qui sait qu’une règle existe mais considère qu’elle peut être négociée.
  • Et, lorsque des agents publics, rémunéré par l’État, ferment les yeux ou facilitent le départ d’une embarcation en violation des normes, c’est alors qu’ils font de l’autorité une partie du problème, un sujet d’insulte.

Le naufrage du HB Mbeya Mbeya, en décembre 2025, illustre brutalement cette chaîne de responsabilités : les investigations avaient fait état d’une surcharge, de l’absence de gilets de sauvetage et de la navigation nocturne ; des agents avaient également été mis en cause pour avoir autorisé le départ.

Il faut donc sortir d’une lecture exclusivement accidentelle. Un accident n’est pas toujours imprévisible. Lorsqu’un bateau surchargé quitte un port avec des passagers sans gilets, de nuit, avec un équipage insuffisamment préparé et sous le regard de plusieurs services de contrôle, naviguant avec des lampes torches, le drame n’est plus entièrement une surprise : il devient le résultat possible — et parfois prévisible — d’une succession de transgressions.

La question congolaise est alors moins : « Qui a provoqué l’accident ? » que : « Combien de personnes ont vu le danger avant qu’il ne devienne un drame, et pourquoi personne ne l’a arrêté ? »

Cette interrogation vaut également pour l’aviation, le transport routier et ferroviaire. La sécurité ne peut être une réaction médiatique déclenchée après chaque catastrophe. Elle doit devenir une culture permanente, inscrite dans les comportements, les contrôles, la formation, la maintenance et la sanction.

Car une réglementation qui n’est pas appliquée devient progressivement une simple décoration administrative. Où est le sérieux, la conscience et l’amour de la patrie dans le cœur des agents publics ?

La République démocratique du Congo dispose pourtant de règles et des mesures ont été annoncées ou renforcées après plusieurs drames par le gouvernement à travers le ministère des transports : port obligatoire du gilet de sauvetage, interdiction de navigation nocturne, contrôle technique des embarcations, contrôle des équipages et autres mesures de sécurité. Le véritable défi est désormais celui de leur application systématique et non négociable.

Il faut aussi changer le regard de la société.

  • La sécurité n’est pas l’affaire du seul gouvernement.
  • Elle commence par le conducteur, le pilote, le capitaine, l’armateur, l’agent de contrôle et le passager.
  • Refuser de monter dans une embarcation surchargée est déjà un acte citoyen.
  • Refuser de laisser partir un bateau dangereux est un acte administratif.
  • Sanctionner celui qui transgresse est un acte de souveraineté.

La République ne peut pas continuer à compter ses morts après chaque naufrage ou crash pour découvrir ce qu’elle savait déjà avant le drame.

En matière de transport, la fatalité n’est souvent que le dernier nom donné à une chaîne de négligences. La responsabilité que l’État confie à un agent public n’est pas sujet de monnayage et reste non négociable.

Et lorsqu’une société finit par considérer l’accident comme une fatalité, c’est peut-être sa conscience collective qui a déjà fait naufrage. Vivons-nous dans au pays des inconscients?

Zamenga Batukezanga, libre penseur, pour Liberate News

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