Sur le papier, tout commence bien. Des personnes se rassemblent autour d’une cause, d’une vision, d’un intérêt commun. Elles parlent de solidarité, de développement collectif, de justice sociale, d’entraide. Les statuts sont rédigés, parfois copiés-collés, parfois improvisés. Les photos sont prises. Les discours sont prononcés. L’espoir est réel.
Puis, quelques mois ou quelques années plus tard, le même scénario se répète. Les réunions deviennent tendues. Les accusations apparaissent. Les clans se forment. Les assemblées générales sont bloquées. Les membres s’accusent de détournement, de trahison, de manipulation. Les projets meurent. L’association ou la coopérative se vide, ou survit comme une coquille vide. Ce phénomène n’est ni accidentel ni culturel. Il est structurel.
La première cause est juridique, et elle est profonde
Dans la majorité des associations et coopératives, le droit est perçu comme une formalité administrative, pas comme un outil de gouvernance. Les statuts sont mal rédigés, vagues, contradictoires ou copiés sans adaptation. Ils ne définissent pas clairement le pouvoir réel, les mécanismes de décision, les conditions de révocation, les limites de responsabilité, ni les procédures de résolution des conflits. Quand un désaccord surgit, il n’existe aucun cadre clair pour le traiter. Le conflit devient personnel parce qu’il n’a pas de canal institutionnel. La loi ne protège pas ceux qui l’ignorent. Elle frappe tard, brutalement, et souvent trop tard pour sauver le collectif.
La deuxième cause est humaine, et elle est souvent niée
Une association ou une coopérative n’est pas un groupe d’anges. Ce sont des êtres humains avec des ambitions, des frustrations, des blessures, des besoins de reconnaissance, parfois des calculs cachés. Beaucoup entrent dans ces structures avec une attente implicite de pouvoir, d’avantages, de position sociale, sans que cela soit jamais verbalisé. Tant que l’argent est absent, tout semble harmonieux. Dès que les ressources arrivent, les masques tombent. Les conflits ne naissent pas de l’argent, ils révèlent ce qui était déjà là. L’absence de maturité émotionnelle, de leadership responsable et de culture du débat transforme le moindre désaccord en guerre d’ego.
La troisième cause est stratégique
La majorité des associations et coopératives n’ont pas de vision opérationnelle claire. Elles confondent mission morale et stratégie concrète. Elles savent pourquoi elles existent, mais pas comment elles fonctionnent, ni où elles vont réellement. Il n’y a pas de plan à moyen ou long terme, pas d’indicateurs de performance, pas de règles claires sur la gestion des ressources. Tout repose sur l’improvisation et la bonne volonté. Or la bonne volonté n’est pas une stratégie. Quand les résultats tardent, quand les opportunités se présentent, chacun propose sa propre direction. Sans cadre stratégique, le collectif se fragmente.
Une autre cause majeure est la confusion des rôles
Dans beaucoup de structures, le président est à la fois décideur, exécutant, contrôleur et bénéficiaire. Le trésorier n’a aucun pouvoir réel. Les organes de contrôle existent sur le papier mais pas dans les faits. Cette concentration informelle du pouvoir crée une frustration silencieuse chez les autres membres. Ils ont le sentiment d’être utilisés, instrumentalisés ou méprisés. Le conflit devient inévitable, car aucun système ne peut survivre longtemps à une injustice perçue.
Il faut aussi parler d’un tabou : la peur du conflit au départ. Beaucoup évitent les discussions difficiles au nom de l’unité. On ne parle pas d’argent. On ne parle pas de sortie. On ne parle pas de sanctions. On ne parle pas de dissolution. On préfère croire que “ça ira”. Mais un conflit non anticipé est toujours plus violent qu’un conflit structuré. Le silence initial est une bombe à retardement.
Enfin, il y a l’absence d’accompagnement professionnel. Une association ou une coopérative est une organisation à part entière. Elle nécessite des compétences juridiques, organisationnelles et humaines. Pourtant, beaucoup refusent de se faire accompagner, par méfiance, par économie ou par orgueil. Ils pensent que l’engagement suffit. Il ne suffit jamais. Le bénévolat n’annule pas les lois du pouvoir, de l’argent et de la psychologie humaine.
La vérité est inconfortable, mais elle est nécessaire. Les associations et coopératives ne meurent pas parce que les gens sont mauvais. Elles meurent parce qu’elles sont mal construites, mal encadrées et mal gouvernées. Le conflit n’est pas une fatalité. Il devient destructeur uniquement quand il n’a pas de cadre.
Créer une structure collective sans règles solides, sans vision claire et sans maturité humaine, ce n’est pas de l’altruisme. C’est de l’inconscience organisée.
Dr ZIGABE BIGIRINAMA Henri ISAAC, Penseur Libre,Analyste Politique,Médecin Traitant et Mastercoah
