« La RDC serait-elle encerclée par le Rwanda à partir de la RCA » ?

C’est une interrogation révélatrice des manœuvres de Rwanda calquées sur un accord militaire avec la République Centrafricaine (RCA), l’un de voisins de la République Démocratique du Congo dans sa partie Nord. Elle est signée par l’ambassadeur de la République Démocratique du Congo en RCA, Esdras Kambale, dans une note interne d’information adressée aux autorités congolaises.

Dans ladite note, datée du 23 septembre dernier dont la copie a fuité sur les réseaux sociaux, l’ambassadeur Esdras Kambale décrie succinctement la présence rwandaise en République Centrafricaine et le danger que pourrait représenter la présence des forces rwandaises pour la République Démocratique du Congo qui, usant de son hospitalité légendaire, accueille sur son sol une partie de la population centrafricaine en refuge.

En effet, plusieurs militaires rwandais sont déployés, dans le cadre d’un accord de défense entre le Rwanda et la République Centrafricaine, dans des villes et localités frontalières avec la RDC « dont notamment :

  • A Mbaiki au Sud de Bangui, une ville qui fait frontière avec la République Démocratique du Congo (Territoire de Libenge en Province du Sud-Ubangi) et le Congo Brazzaville (Mongoumba).
  • A Damara, environ 75 Km au Nord de Bangui, la ville natale de Son Excellence Monsieur le Président TOUADERA. Cette ville n’est pas aussi très loin de la frontière avec la République Démocratique du Congo, dans la partie Nord de la ville de Zongo en Province du Sud-Ubangi.
  • A Bangassou, ville qui fait frontière la cité de Ndu en Province de Bas-Uélé.
  • Dans d’autres localités situées le long de la rivière Ubangi (Ndoukou, Zangba, Mobaye, Satema, Kembe, Rafai) pour contrer les groupes armés du CPC ( coalition des patriotes pour le changement, regroupant six puissants grands groupes armés qui sévissent sur le territoire centrafricain), du fameux ALI DARASSA. Ces localités font frontières avec la République Démocratique du Congo (province du Nord-Ubangi et province du Bas-Uélé) ».

D’après la note de l’ambassadeur, les militaires rwandais, une fois relevés, reviennent en RCA « en qualité d’investisseurs dans l’agriculture, le commerce général et autres secteurs productifs », alors qu’ils sont en réalité « des réservistes ». Un véritable camouflage qui pourrait les permettre d’opérer « facilement en République Démocratique du Congo à partir de la République Centrafricaine ».

Des présages qui ne trompent pas

La note de l’ambassadeur Esdras Kambale vient-il éclairer particulièrement  les incursions perpétrées en répétition par les forces dites négatives de la République Centrafricaine dans certaines localités frontalières de la province du Nord-Ubangi en RDC ?

En fait, la province du Nord-Ubangi, qui se trouve être en face des localités centrafricaines citées par ladite note d’information à  Ndoukou, Zangba, Mobaye, Satema, Kembe, a déjà enregistré cette année plusieurs incursions des rebelles centrafricains notamment le long de la rivière Ubangi. Des incursions qui ont été signalées en février et juillet derniers près de la localité de Pandu, chef-lieu du secteur de Bandas dans le territoire de Bosobolo, située en face de la localité centrafricaine de Ndoukou

En effet, en juillet dernier, les sources sécuritaires de la province signalaient l’attaque par les présumés rebelles centrafricains à Dokove, localité située en aval de celle de Sidi près de Pandu. Les assaillants y avaient passé 48 heures et avaient même installé leur drapeau dans cette localité congolaise pour répondre à l’arrestation de l’un d’eux par la patrouille des FARDC quelques jours auparavant.

Ce n’est pas tout. La traversée clandestine à répétition des éleveurs Mbororo en provenance de la RCA vers la province du Nord-Ubangi ferait même partie des ballons d’essai. Le dernier cas en date a suscité la riposte, le 05 septembre dernier, des autochtones de la localité de Maka dans le territoire de Yakoma.

Lire aussi : Nord-Ubangi : les accrochages entre Mbororo et autochtones font 3 blessés à Yakoma (Administrateur du territoire)

Les forces rwandaises seraient-elles dans le même modus operandi notamment la méthode d’infiltration et d’action par procuration à l’Ouest comme à l’Est pour attaquer la RDC via la province paisible du feu Maréchal Mobutu ?

Pourtant ce que disait déjà la société civile du Nord-Ubangi

Dans un communiqué de presse du 21 janvier 2014, la Nouvelle Société Civile Congolaise du Nord-Ubangi avait attiré l’attention des autorités congolaises sur la possible « exportation de la guerre vers l’Ouest du pays notamment dans le Nord-Ubangi ».

Les forces vives se fondaient sur « des signes avant coureurs susceptibles de soutenir cette théorie notamment :

  • la présence depuis la fin du régime Mobutu et Kabila Laurent Désiré des éléments Hutu rwandais qui avaient, à chaque chute de leur protecteur, traversé la rivière Ubangi pour se refugier en République Centrafricaine. Leur quelconque retour n’a jamais été signalé ni par le pays d’accueil moins encore par le HCR.
  • la présence remarquée du contingent rwandais au sein de la mission du maintien de la paix de l’Union Africaine en République Centrafricaine.
  • l’arrestation en l’espace de 6 mois de deux sujets rwandais venus de la République Centrafricaine à Mobayi-Mbongo et Gbadolite dans le Nord-Ubangi. Celui arrêté en décembre 2013 à Gbadolite était un major et agent des renseignements de l’armée rwandaise qui aurait été transféré à Kinshasa par le service de sécurité, alors qu’il avait visité clandestinement tous les points stratégiques de la ville y compris le camp des refugiés centrafricains, situé à 40 Km de la ville de Gbadolite ».

Une alerte qui avait suscité un malaise au sein du comité local de sécurité dans lequel deux de membres ne misaient que sur l’arrestation des responsables de la structure dénonciatrice. Cependant, le gouvernement avait pris des dispositions adéquates en mettant en place un « état-major avancé » des forces armées de la RDC (FARDC) à Gbadolite pour suivre de près la situation sécuritaire tout au long de la frontière longue de plus ou moins 1.000 Km.

Emmanuel MOMOTOY